dimanche 15 juillet 2012

L’imprimerie au Canada et aux États-Unis

Amérique Graphique

Au lendemain de la Fête du Canada le 1er juillet et du Jour de l’Indépendance le 4 juillet aux États-Unis, voici un compte rendu de l’état de l’imprimerie dans chaque pays.
Lors de la drupa 2012, une présentation a été organisée à l’intention de la presse nord-américaine afin de commenter l’état de l’industrie de l’imprimerie aux États-Unis. La présentation était coanimée par les présidents de la NPES (Association des fournisseurs de technologies d’impression, d’édition et de transformation) et de DG3 (Diversified Global Graphic Group). Quelques semaines avant l’exposition mondiale, Industrie Canada en collaboration avec l’ACI (Association canadienne de l’imprimerie) publiait ses données sur l’état de l’industrie au Canada.
Comme les tendances dans les deux pays sont similaires, les deux présentations de l’état de l’imprimerie sont des indicateurs utiles du climat qui règne dans l’industrie en Amérique du Nord.
Étant donné que les données recueillies et analysées sont été compilées il y a an ou plus, elles ne brossent pas un portrait exact de l’état de l’industrie de l’imprimerie. L’évolution rapide de l’industrie et les bouleversements financiers qui ont modifié sa topographie invitent à une interprétation avisée des chiffres. Néanmoins, les analyses, dans les deux cas, sont bien actuelles.
Au Canada
À la fin mars 2012, le rapport préparé à la suite d’un sondage réalisé en mars 2011 où 105 imprimeurs canadiens avaient participé, était diffusé publiquement. L’enquête avait notamment pour objectif de déterminer dans quelle mesure les imprimeurs canadiens adoptent de nouvelles stratégies commerciales axées sur des produits à valeur ajoutée et des innovations technologiques, de déterminer les tendances et de comparer les modèles d’affaires par rapport au marché des États-Unis. Les entreprises participantes étaient issues en majorité d’Ontario, puis du Québec et de Colombie-Britannique, et une minorité d’Alberta, du Manitoba, de Saskatchewan et de Nouvelle-Écosse.
L’offset tient le cap
La plupart des imprimeries n’ont qu’un site de production, suivant en cela le même modèle qu’aux États-Unis. Les observations consignées dans le rapport de l’état de l’industrie de l’imprimerie en 2011 signalent une diminution du volume imprimé en offset au profit de l’impression numérique et des services connexes. Les nouveaux modèles d’affaires étant une des raisons majeures du virement de situation. Au Canada, plus de 40 % des imprimeurs se définissent comme des imprimeurs commerciaux et les 60 % résiduels s’inscrivent comme imprimeurs dans des segments niches. L’impression offset feuilles demeure ainsi le procédé le plus répandu, il est suivi par l’impression numérique. Le modèle des segments de marché de l’impression est demeuré inchangé entre 2006 et 2011, soit un léger déclin de l’imprimerie commerciale et une hausse de l’imprimerie rapide. Industrie Canada prévoit que cette tendance se maintiendra jusqu’en 2013. Le rapport fait observer que les segments de marché en hausse seront vraisemblablement l’impression rapide, l’emballage et le publipostage.
La concurrence
L’imprimerie est une activité locale et régionale, articulée autour de quelques grands clients. La concurrence viendrait donc surtout d’un autre imprimeur local. Les statistiques du sondage révèlent en effet que les deux tiers de la concurrence se disputent à l’échelle locale, et le tiers restant étant sur la scène régionale, nationale et internationale. La pression de la concurrence provient également des imprimeries nouvelles, soit par formation soit par expansion géographique, mais surtout des services d’impression numérique.
La proportion des imprimeries qui fabriquent des imprimés pour des clients non canadiens exporte majoritairement aux États-Unis (38 %), puis au Royaume-Uni et au Mexique. Selon AmeriqueGraphique, ces chiffres devaient bouger, car de plus en plus d’imprimeurs d’Amérique latine investissent dans du matériel de pointe afin de répondre à la demande de leurs différents marchés locaux. Les annonces d’implantation d’usines, de filiales ou de centre de distribution et de services de grands constructeurs sont des indices du développement de l’imprimerie au Mexique et au sud de l’équateur, le Brésil étant dans la mire de l’expansion internationale.
La spécialisation et la diversification
Une autre dynamique du changement de l’industrie provient de l’expansion de l’offre de services d’impression. Le rapport indique que les ateliers d’impression qui se spécialisent sur des segments comme les étiquettes et les enveloppages, le marketing direct et l’emballage réalisent un taux de rendement plus élevé que les imprimeries généralistes. En plus de la spécialisation, la diversification de l’offre favorise la rentabilité, notamment l’ajout de services à valeur ajoutée, tels que la conception graphique professionnelle, la gestion de bases de données, des envois et des stocks, ainsi que la gestion optimale des commandes. Le rapport note également qu’environ le quart des commandes d’imprimés sont des commandes Internet. En 2011, la médiane était de 16 % au Canada par rapport à 5 % aux États-Unis.
Près de 60 % des imprimeurs répondants ont investi dans la technologie d’impression numérique en 2009-2010, en plus d’automatiser leur flux et leurs processus. Les investissements sont stimulés par le besoin d’accroître la productivité, de réduire les interventions manuelles, de pénétrer de nouveaux marchés, d’améliorer le service à la clientèle, de répondre aux attentes des clients ou encore d’augmenter la capacité de production en fonction de la croissance.
La technologie
Au moment du sondage, les imprimeurs à peine sortis de la crise financière n’avaient pas, pour la plupart, de projets d’investissement. Cependant, les 40 % qui en avaient envisageaient d’investir dans des logiciels de soumission des travaux via le web, un flux PDF, l’épreuvage à distance et le contrôle des fichiers en amont. Pour ce qui set des investissements en impression numérique, les dispositifs d’impression numérique monochrome à toner et les imprimantes de production à jet d’encre grand format venaient en tête. En impression traditionnelle, l’ajout d’unités de vernissage et l’intégration de la gravure directe des plaques sur presse, l’automatisation de la détection des défauts et les sécheurs à rayonnement ultraviolet et par faisceaux d’électrons étaient en tête de liste. Au chapitre de la finition, les équipements numériques de façonnage, les découpeuses et les flux JDF et PPF étaient prioritaires. Le rapport révèle qu’en 2012 et 2013, les investissements des imprimeurs porteront sur l’ajout ou le remplacement d’équipements, le renforcement des équipes de vente et le marketing de leurs services.
Les auteurs concluent que les imprimeurs canadiens profiteront d’une économie qui se redresse et de meilleures conditions du marché de l’imprimerie en Amérique du Nord. La conclusion est cependant teintée d’incertitude. Un optimisme prudent est de rigueur, une faculté d’adaptation rapide est plus importante que jamais et la transition rapide vers des services à valeur ajoutée est préconisée.
Aux États-Unis
Comparativement au Canada, qui avait 13 exposants, dont deux dans le pavillon canadien, la représentation étatsunienne à la drupa était constituée de 107 exposants, dont 31 dans le pavillon des États-Unis. La présentation a englobé quatre sujets : un profil économique de l’industrie, les défis actuels, la transition et les perspectives d’avenir de l’industrie.
Ralph J. Nappi, président de la NPES, soutient que la croissance reprend après la grande récession, et ce, dans tous les secteurs. La reprise peut être plus faible dans le secteur commercial, mais elle est compensée par la hausse des activités complémentaires comme la gestion des documents, la gestion des stocks, la gestion des bases de données, etc. Aux États-Unis, la consolidation de l’industrie se poursuit. De 37 673 entreprises en 1998, on en dénombrait plus que 27 285 en 2011. Cette diminution se traduit sur les achats et selon M. Nappi, il y a eu une légère baisse de la vente d’équipements en 2011, sauf pour ce qui est des machines grand format.
Tom Saggiomo, président et chef de la direction de DG3, déclare que, malgré la croissance anémique du PNB, le taux de chômage élevé et le gel des marchés de capitaux, l’économie va s’améliorer, mais il est impossible de dire quand cette amélioration surviendra ! Les dépenses média seront au même point. Les publicités télévisées demeurent toujours en tête, suivies par les médias numériques. La majorité des agences croient moins en l’imprimé.
La transformation de l’industrie
La technologie est la force motrice la plus forte et soutenue. Nous vivons une période de transition et d’adaptation où la consolidation se poursuit et l’offre de services s’élargit. Une redistribution des parts du marché est en cours de réalisation. Les imprimeurs se débattent pour survivre ou pour obtenir du financement. Bientôt le numérique va éclipser l’offset, soutiennent les conférenciers.
Auparavant, et encore un peu aujourd’hui, la relation client était la priorité des entreprises. De nos jours, cependant, la valeur ajoutée est plus importante bien que la relation client ne doit pas être négligée.
La transformation de l’industrie est réellement ardue et elle doit s’orienter sur les résultats, soit la productivité. Le danger de l’imprimeur est d’être le moins cher et de rater sa cible de rentabilité. Il doit donc élargir son offre et procurer une valeur ajoutée. M. Saggiomo mentionne les marchés émergents de l’électronique imprimée, de l’impression 3D et de l’impression organique comme avenues à explorer.
La société aura toujours besoin de communications imprimées dans une combinaison média. L’imprimerie a cependant besoin d’un nouveau modèle d’affaires. Les États-Unis ont la part du lion de l’imprimerie avec 50 milliards de revenus, soit deux fois plus que le Japon. En 2012, le PNB devrait passer de 2,5 % à 2.8 %. Nous assistons à un darwinisme d’entreprise : les fabricants qui ont délocalisé leur fabrication la ramènent au pays. (NDLR : le darwinisme est impitoyable au sens où seules les entreprises les mieux adaptées survivent, une sélection naturelle s’effectue constamment.) M. Saggiomo cite General Electric, qui a ramené sa production aux États-Unis en raison des coûts indirects comme le transport, mais aussi les coûts de main-d’œuvre. Cette mesure que l’on pourrait qualifier de préemptive a été prise au regard des prévisions salariales mondiales, car d’ici 2015, les salaires pourraient être similaires en Chine et aux États-Unis.
Un fournisseur de communications numériques
L’ adaptation de l’industrie doit tenir compte des facteurs négatifs influant directement sur l’imprimé. M. Nappi signale que la poste perd 22 millions de dollars par année et que le tiers ou la moitié des imprimés sont postés. D’autre part, dans le cadre de la sensibilisation du grand public à l’écoresponsabilité, il mentionne la perception non écologique de l’imprimerie. Il parle de la banalisation (lorsque seul le prix compte) de l’imprimé et de la peur de la génération numérique (ceux qui sont nés à l’ère informatique).
Les imprimeurs devraient-ils devenir une agence en vendant le multimédia ? Collaborer avec le marketing ? Tout dépend de la stratégie d’entreprise, mais il demeure que les agences influencent fortement les achats.
Pour transformer une entreprise il faut investir dans les machines, mais également dans le capital humain. Devenir un fournisseur de communication numérique. Examiner la rotative numérique, l’évolution rapide de la technologie.
De chaque côté de la frontière, la remontée de l’industrie s’appuie sur une croissance, même faible, du PNB, la consolidation, le rapatriement de la fabrication, l’exploitation des nouveaux segments de l’imprimerie, la disponibilité du capital et l’élargissement de l’offre.
France Brodeur

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